Viens chez moi, j’habite dans un container
La nouvelle donne écologique permet l’éclosion de projets innovants et créatifs à l’instar du concept Londonien « container city » qui mise sur le recyclage d’anciens containers.
L’idée de vivre dans un container peut paraître tendancieuse, voire polémique si on l’envisage, par exemple, depuis le calvaire tristement connu qu’endurent des migrants, mais cela peut aussi nous faire penser à cette alternative écologique qui s’inscrit de plein pied dans le développement durable. C’est en 2000 que naît le projet « container city » à Londres.
En face de l’O2 Arena, sur les bords de la Tamise, à Trinity Buoy Warf, se trouve les locaux de Urban Space Management, la société à l’origine de ce concept. Eric Reynolds, son directeur, a mis au point l’idée de récupérer des vieux containers inutilisés afin de les transformer en habitats. L’endroit est particulièrement lumineux et attire les artistes et professionnels qui viennent ici travailler dans une atmosphère détendue loin du tourbillon de la city qui se trouve à quelques vols d’oiseau.
Une vraie alternative verte
Dans les années 80, le principe avait commencé à émerger sous la forme de préfabriqués pour studios d’artistes. Le processus est simple : des containers de cargaison sont récupérés et réhabilités par la suite en logement, bureaux ou studios pour artistes. Ces containers sont donc récupérés par Urban Space Management qui s’occupe par la suite de les transformer en surface habitable. Les containers s’empilent, contrairement aux constructions « classiques », d’où leur rapidité et facilité de construction. Sept jours seulement auront été nécessaires à l’élaboration d’un « immeuble » fait de containers jaunes donnant sur la Tamise. Les fenêtres et les baies vitrées sont crées à partir d’anciennes portes et toutes les commodités sont installées : électricité et eau. Certaines des premières constructions avaient même un système de bassin de récupération d’eau de pluie fait de pontons en pilotis qui alimentaient les logements. Des toits en panneaux solaires sont aussi au menu. Et c’est bien l’idée maîtresse du projet : recycler entièrement des matériaux obsolètes dont le stockage représenterait une perte de surface et un entretien superflu.
Ce type de construction au moindre coût s’en ressent sur les prix des loyers dans la capitale où le prix au mètre carré atteint des sommets, 36 800 euros dans les beaux quartiers et 8000 euros en moyenne. Les loyers varient en fonction de la surface, mais comptez de 250 pounds à 1000 pounds par semaine en moyenne, trois fois moins cher donc que pour une maison classique.
C’est funky, c’est urbain, ça plaît
Le projet, visionnaire comme le remarque The Independent[1], rencontre un vif succès chez la population urbaine puisque la demande de construction de ce type de logement ne cesse de croître. Les artistes témoignent de leur profonde adhésion tout comme les entrepreneurs désireux de respecter l’environnement. Ce sont donc avant tout des individus préférant un mode d’habitat ou lieu de travail alternatif, funky, lumineux, pratique et fonctionnel préservant l’environnement. Il est vrai que les avantages sont multiples et non négligeables. En effet, un minimum de fondations est nécessaire à la construction, puisque la structure de base du container est déjà existante et permet d’ailleurs un transport aisé du « logement ». On notera aussi une moindre pollution sonore durant la construction qui est plutôt un empilage, une ventilation naturelle, donc nul besoin de système de climatisation, un matériau photosensible, une installation thermique efficace puisque les façades vitrées orientées plein sud alliées à l’isolation double des parois permettent d’emmagasiner de la chaleur, un minimum de lumière artificielle nécessaire grâce à ces façades entièrement vitrées et enfin un système de régulation de la lumière et de la chaleur mis en place pour chaque container. Des bénéfices indéniables qui finissent de convaincre les plus sceptiques. Aussi l’idée de transporter sa maison ou son bureau, fantasme absolu pour certains, est désormais possible. Un rêve écologique alternatif.
Une success story so British
Les profits enregistrés ont dépassé les attentes de la société qui compte plus de cent demandes de construction par mois. Cette initiative répond parfaitement à la crise du logement dont souffre en ce moment la capitale. Comme le souligne Sarah Hewson, manager marketing et responsable des relations publiques, « […] nous ne recevons aucune aide financière de la part du gouvernement », cependant la société est forte du soutien des conseils et mairies locales qui lui confient la construction d’écoles et de centres publics tels que les salles de classes et studios de musique de Cuffley ou bien le centre communautaire et la crèche à Mansell street, en plein cœur de Londres, qui n’auront demandé qu’un seul jour d’installation et l’utilisation de trois containers chacune.
La société, datant des années 1970, a participé de l’élaboration de plusieurs projets de réhabilitation d’espace urbain, tels que les marchés de Camden, Greenwich, Chelsea ou encore celui de Spitafields. Leur démarche témoigne d’un intérêt manifeste pour l’environnement et l’entreprise verse aussi dans le consulting afin d’aider d’autres projets « verts » à s’élaborer.
Leurs partenaires sont divers mais on peut retenir le cabinet d’architectes ABK avec lesquels ils ont collaboré à la construction d’une habitation à Camden, ou bien encore le soutien de designers qui leur fournissent leur vue sur certains projets. Leur idée s’exporte aussi outre-Atlantique, puisque fin 2006 se sont élevés un immeuble résidentiel et des locaux pour professionnels sur Lafayette street en plein cœur de Manhattan. L’idée aura plue à Global Modular Buildings, le partenaire américain de USM. L’émulation est aussi au rendez-vous sur le continent. Même si USM est et restera le pionnier de ce recyclage urbain, certains l’imitent comme cette compagnie Hollandaise, Tempohousing, qui réhabilite elle aussi ses propres containers pour répondre au problème du logement estudiantin.
Sur les docks, qui abritent les avatars et les modèles élaborés, Trinity Buoy Warf, l’immeuble principal compact et terne, symbole de l’habitat à l’Anglaise, sera prochainement reconstruit à partir de containers. On bouscule donc les traditions et on revisite la vieille brique rouge. L’avenir des containers sur les docks est donc en parfaite voie de réhabilitation. Container, tu retourneras container, en face des embarcations qui plus est, non loin des bâtiments fluviaux. Mais point de folie des grandeurs! Le succès est bien réel, puisque les demandes des secteurs privés et publics ne cessent de solliciter USM au Royaume-Uni mais aussi à l’étranger, comme le Mexique, la Nouvelle-Zélande et l’Australie qui ont dores et déjà déposé des demandes de partenariat. Et pourtant… alors qu’ils envisagent le développement du projet de « container city », Sarah Hewson remarque qu’ils se refusent à un développement à outrance. Fidèle à ce modèle vertueux et écologiste, la mesure est le maître mot en toute chose.
Lucie Duban, pour le Petit Journal, Mars 2008
No comments:
Post a Comment