Thursday, 17 September 2009

La City en ébullition


L’ambiance était surchauffée ce Mercredi 1 Avril à Londres.

En marge du sommet du G20 qui se déroule demain dans la capitale au centre ExCel dans les docklands, sur les rives de la Tamise, environ 4 000 manifestants selon la police se sont rassemblés aujourd’hui pour crier leur colère contre les institutions financières, leur rage contre le système et leur ras-le-bol du mépris dont font preuve les gouvernances.

Alors que les dirigeants des états les plus puissants du monde représentant 90% du PIB mondial se rejoignent en ce moment même dans la city, les manifestants ont battu le pavé.

A l’initiative des multiples organismes et du site Internet G20 meltdown in the city (rassemblement dans la ville) qui appelle à l’anéantissement du capitalisme et s’associe à tout groupuscule révolutionnaire, une manifestation s’est tenue et continue toute la nuit pour protester contre le sommet du G20. Les manifestants camperont cette nuit pour, au petit matin, se diriger vers le centre de conférence ExCel où se tient le sommet.

Pour l’heure et en plein marasme mondial économique et financier, le mouvement s’est mué tout au long de la journée en carnaval. Quatre cortèges sont partis ce matin à 11h00 heure locale de quatre stations de métro différentes avec pour chacun d’entre eux une thématique et un cavalier de l’apocalypse en guise de figure de proue. La lutte pour le climat partait de Liverpool Street, le cavalier rouge partant de Moorgate menait la cohorte contre la guerre en Irak, Afghanistan et Palestine, celui partant de London Bridge s’attaquait aux « crimes financiers » et le dernier cortège depuis Cannon Street célébrait en ce mois d’Avril l’anniversaire du mouvement des paysans communistes Anglais qui luttèrent pour établir un ordre social juste. Une vieille chimère donc.

Les quatre cortèges, très hétéroclites, se sont rejoints à la jonction de Bank station à midi juste en face de la Banque d’Angleterre, symbole des institutions financières. Après une légère accalmie et le programme du mouvement hurlé au porte-voix, une percée vers le premier barrage policier a commencé dans Threadneedle Street en face de la Royal Bank of Scotland, banque iconique du scandale financier incarné par Fred Goodwin. Le climat s’est rapidement envenimé et des échauffourées ont pris place à divers endroits. Alors que des émeutiers brisaient les vitres de la RBS et vandalisaient ordinateurs et téléphones, un écossais esseulé invectiva alors la foule d’un : « bande de lâches ! C’est la banque d’Ecosse que vous détruisez là ». Ce qui ne fit aucune différence aux yeux des manifestants énervés, Ecossaise ou pas, RBS n’en demeure pas moins une banque. L’ambiance commença à se dégrader avec un caméraman pris à parti par un anarchiste scandant : « volez les caméras et appareils photos ! ». Plus loin, face au barrage de police, la foule criait « honte à vous ». Pancartes et panneaux appelaient à « manger du banquier », banquiers qui se feront rares ces jours-ci alors que la City se transforme en cocotte-minute.

La sécurité c’est leur dada

Au vu de l’escalade de la violence, la police montée qui tenait la garde non loin de la RBS saccagée, a doucement mais sûrement chargé les manifestants pris alors en cul de sac. Les débordements ont conduit à 19 arrestations pour vandalisme aggravé et insulte à agent et quelques manifestants et policiers ont été blessés.

La police, largement présente, avait entrepris une souricière encerclant les manifestants des quatre cortèges, empêchant ainsi tout débordement au dehors de la zone sensible. Il était très difficile de passer les barrages pour sortir de la manifestation.

L’opération policière est de très grande envergure : hélicoptère qui survole la zone durant toute l’opération, agents de sécurité de l’intérieur en masse sur les toits et parmi la foule. Quand Scotland Yard a peur, Scotland Yard ne lésine pas sur les moyens. Des stations de métro seront fermées le 2 Avril pour empêcher l’accès au site du centre ExCel. Cela témoigne d’un profond souci sécuritaire alors que les appels au « bank bashing » et autre « cassage de gueule » de dirigeants et banquiers se font écho sur Internet. Gordon Brown s’était d’ailleurs lui-même fendu d’une déclaration à charge à New York le 26 Mars dernier, mettant en cause les banquiers qui « agissent en dehors de toute considération et valeur humaine » et qu’il fallait de toute urgence mettre un terme à l’avarice. Ce faisant, il les désignait lui aussi à la vindicte populaire.

A retenir parmi les autres évènements aujourd’hui, un monopoly géant qui s’est monté sur la place de la cathédrale St Paul en face de la bourse de Londres. L’ironie lasse et la violence sourde sont bien à l’œuvre. « No more greed », assez de la cupidité enrageaient les manifestants : la haine du profit est virulente à Londres.

Alors que les banques avait recommandé à leurs employés de ne pas montrer le bout de leur nez ou alors de s’habiller façon passe-partout, aucun costume- cravate ne rôdait alentour au cœur de ce qui faisait, il y encore peu, la fierté des traders et cols blancs Anglais. Il faut dire que l’envie eut été kamikaze ; les ombres aux fenêtres suffisaient à agacer la foule.

1/04/09 Lucie Duban

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